Statines (1)
Statines
Pourquoi traiter mon cholestérol?
En consultation, une question revient régulièrement : "Pourquoi on me donne un traitement pour le cholestérol alors que je n'ai pas de cholestérol?" ou encore "Selon les normes du laboratoire, je n'ai pas de cholestérol.."
Le besoin ou non d'un traitement pour le cholestérol dépend à la fois de votre taux habituel (qui peut être élevé ou non) mais aussi et surtout de la présence de certaines maladies ou facteurs de risque cardiovasculaire.
Il faut considérer 2 principales situations : la prévention primaire et la prévention secondaire.
A - Prévention primaire
Il s'agit d'éviter la survenue d'un premier accident cardiovasculaire (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral…).
1 - Personnes apparemment en bonne santé (hors diabète, insuffisance rénale, hypercholestérolémie familiale sévère qui relèvent de recommandatations spécifiques même en prévention primaire).
Il existe des scores de risque intégrant différents paramètres dont l'âge et les autres facteurs de risque.
On utilise SCORE2 (version bas risque pour la France).
Ce score détermine le risque d'accident cardiovasculaire fatal ou non fatal à 10 ans (en % de personnes décédées ou atteinte d'une maladie cardiovasculaire dans une période de 10 ans).
Entre 50 et 69 ans, le haut risque c'est un risque d'évènement cardiovasculaire supérieur à 10% à 10 ans.
Score de risque de premier accident cardiovasculaire fatal ou non à 10 ans dans la population française apparemment en bonne santé.
Les personnes diabétiques, qui ont une insuffisance rénale ou une hypercholestérolémie familiale sévère relève de recommandations spécifiques.
Le cholestérol LDL est un paramètre parmi d'autres.
Le risque de mortalité ou d'atteinte cardiovasculaire dépend également d'autres facteurs de risque (tabagisme, hypertension artérielle, âge, sexe...)
À noter que d'autres facteurs de risque ne sont pas inclus (surpoids, inactivité physique...) mais ont également un impact.
Pour le cholestérol, il existe une relation assez linéaire entre le taux de cholestérol LDL et le risque de maladie cardiovasculaire.
Néanmoins, l'association d'une hypercholestérolémie avec d'autres facteurs de risque majore nettement le risque d'événement cardiovasculaire. Ainsi, par exemple, un même taux de cholestérol expose à un risque plus élevé si l'on est fumeur et porteur d'une hypertension artérielle...
Tiré du New England Journal of Medecine. attained age : âge atteint / lifetime risk : risque la vie durant.
Par exemple, un patient de 55 ans, diabétique, hypertendu et/ou fumeur a 25 % de risque d'avoir un accident cardiovasculaire mortel ou non. L'objectif de LDL-cholestérol à atteindre sera très bas.
A l'inverse, un patient de 55 ans sans problème aura un risque < 10 % d'avoir eu un accident du même type arrivé à l'âge de 80 ans.
Ainsi le calcul du score SCORE2 ou SCORE2-OP (pour les plus de 70 ans) permettra de déterminer, au cas par cas, les objectifs de LDL cholestérol en fonction de la présence d'autres facteurs de risque :
Ainsi, pour un même niveau de cholestérol, la personne pourra avoir :
- aucun traitement
- un traitement réduisant de manière modérée son LDL-cholestérol
- un traitement visant à réduire de manière importante son LDL-cholestérol.
B- Prévention secondaire
Il s'agit d'éviter la récidive d'un nouvel accident vasculaire (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, artérite des membres...)
Ces personnes sont placées d'emblée dans un groupe à haut risque.
Le LDL-cholestérol doit être fortement réduit (< 0,55 g/l idéalement) chez tous les patients.
Primary/secondary prevention : prévention primaire/secondaire. Pour un niveau de LDL-cholestérol donné, le risque est plus important en prévention secondaire que primaire. Cet effet est d'autant plus marqué pour les taux de LDL cholestérol les plus hauts (observer la divergence entre les deux courbes, d'autant plus marquée que le LDL est élevé).
C- Ce qui détermine le taux de LDL-cholestérol?
Nous savons aujourd'hui que notre LDL cholestérol est déterminé à environ 80 à 90 % par notre génétique (production principalement nocturne de cholestérol par le foie).
Inversement, le LDL cholestérol n'est déterminé qu'à 10 à 20 % maximum par notre alimentation (les plus gros pourcentage 20 %, voire un peu plus, correspondent à des personnes faisant de grosses erreurs alimentaires).
Ainsi, à moins de faire de grosses erreurs alimentaires, on ne peut espérer une réduction de plus de 20 % de son taux de LDL cholestérol par un régime seul.
Bien sûr, cela ne veut pas dire qu'il ne faut faire aucun effort alimentaire...
D- Comment baisser le taux de LDL-cholestérol ?
Dans la grande majorité des cas, il faut recourir à un traitement abaissant le LDL cholestérol.
Ce traitement peut prendre différentes formes :
- statine seule à plus ou moins forte dose ;
- association ézétimibe/statine à plus ou moins fortes doses ;
- ézétimibe seul
- anticorps anti PCSK9
L'association ézétimibe/statine est souvent prescrite d'emblée aux personnes les plus à risque (prévention secondaire ou prévention primaire chez les personnes les plus à risque).
Cette association permet aussi d'utiliser de plus faibles doses de statine si cette dernière est responsable d'effets secondaires. En effet, ces effets secondaires sont souvent dépendants de la dose utilisée.
Cette explication générale avait pour but de répondre à la question posée en début d'article : "pourquoi me donne t-on un médicament contre cholestérol alors que je n'ai pas de cholestérol selon les normes du laboratoire?"
Si votre cholestérol vous paraît normal et que vous avez un traitement (notamment une statine), c'est que votre médecin a jugé qu'il fallait vous protéger d'un accident vasculaire. Soit parce que vous en avez fait un, soit vous avez une maladie des artères ou que vous êtes à risque suffisamment élevé (par exemple diabétique à risque).
En résumé, plus le niveau de risque cardiovasculaire est haut, plus le niveau de LDL-cholestérol doit être bas ! Peu importe les "normes" du laboratoire. Dans certains cas, il faut "descendre" bas.
D'autres textes suivront pour expliquer plus en détail les objectifs de LDL cholestérol devant être atteints dans différentes situations en prévention primaire en fonction du niveau de risque cardiovasculaire et en prévention secondaire.
Il existe clairement une relation bénéfique entre le niveau d'activité physique et la réduction de la mortalité, en particulier cardiovasculaire (coronaires surtout).
Le graphique de droite montre que le risque de mortalité cardiovasculaire était abaissé de 25 % après 4 heures de course à pied par semaine, et plus encore au-delà.. Pour obtenir le même bénéfice en faisant de la marche, il faudrait réaliser environ 8 heures par semaine. Mais peut-être moins en alternant de la marche rapide avec de la marche à allure normale. Cela à voir avec le niveau de dépense calorique réalisée.
Le graphique gauche montre que la réduction de mortalité est plus importante lorsque l'exercice physique est assez soutenu. L'intensité d'effort est donc un paramètre important (mais attention de ne pas faire n'importe quoi surtout si vous êtes débutant!!).
Il ne faut surtout pas en conclure qu'il faut faire des exercices physiques intenses dès que l'on reprend une activité physique. C'est tout le contraire.
La plupart des patients de cette étude avaient repris une activité physique d'un niveau modéré leur permettant de réduire le risque de mortalité à 12 ans d'environ 30 %.
On sait également que le nombre de séances faites par semaine est important. Le risque d'accident diminue avec l'augmentation du nombre de séances hebdomadaires. Idéalement, il faut réaliser au moins 3 à 4 séances par semaine car cela réduit le risque d'accident cardiaques mais aussi ostéo-articulaires (notamment pour des efforts plus intenses).
La durée hebdomadaire doit être supérieure à 150 minutes, mais cela est vraiment un minimum. Si votre niveau d'effort est très modeste, il faudra notablement augmenter la durée d'exercice pour obtenir le même bénéfice.
Pour augmenter l'efficacité sur la santé, il est recommandé de varier l' intensité des efforts (vitesse de marche, course, vélo... et charges en musculation).
L'intensité de l'effort doit être augmentée progressivement au fil des mois de pratique. C'est très important.
Pour augmenter progressivement l'intensité des efforts, on utilise le "fractionné", "interval training" : entraînement par intervalles.
Ainsi, il est plus facile de faire des efforts plus intenses en alternant des phases d'allure rapide avec des phases d'allure plus lentes, répétées plusieurs fois de suite (5 à 10 fois) qu'en faisant un effort soutenu plus prolongé.
Par exemple :
- marche rapide durant 1 minute puis marche à allure normale durant 1 minute (5 à 10 fois).
- footing assez rapide durant 1 minute puis footing lent durant 1 minute (5 à 10 fois).
Au total :
- avant de commencer : demander l'avis à son médecin si on reprend une activité physique après 35 ans chez un homme et après 45 ans chez une femme, si on a des problèmes de santé notamment cardiaques.
- réaliser au moins 150 à 300 minutes par semaine d'exercice physique d'intensité modérée (voir plus car il y a encore des bénéfices)
- si l'exercice physique est très léger, il faudra notablement augmenter la durée (probablement le double) pour obtenir des effets similaires.
- il est intéressant de varier les allures (vitesse) et donc l'intensité de l'effort, soit en augmentant temporairement la vitesse, soit en introduisant un peu de dénivelé.
- il est intéressant de travailler la souplesse et également la force musculaire notamment lorsque l'on vieillit (perte de masse musculaire).

